islamo-gauchistes

Nous assistons aujourd’hui à un paradoxe. À un paradoxe qui trouve sa raison d’être avec le changement de paradigme qui s’est opéré avec la chute du mur de Berlin. En effet, au monde bipolarisé en deux camps que représentaient les États-Unis et l’URSS s’est substitué le monde caractérisé par le retour du culturel et les grands replis identitaires. Cela est illustré par la montée récente de l’islam puis de sa dérive islamiste, ainsi que par la volonté des groupes fondamentalistes de rejeter catégoriquement toute « intrusion » occidentale dans l’espace arabo-musulman, qu’elle soit idéologique, culturelle ou institutionnelle. Même l'alcool n'y échappe pas.

Mais ce paradoxe à proprement dit est véritablement celui d’une gauche « altermondialisante » qui semble supporter, sous le couvert d’une soi-disant dénonciation de l’impérialisme, des odieux mouvements islamistes tels que le Hamas. Nous le savons, le Hamas constitue une branche des Frères musulmans dont le but avoué est la destruction totale de l’État d’Israël au nom d’Allah (je reviendrai dans un blogue ultérieur sur le fait que je ne cautionne pas plus Israël). Antisémite, le Hamas ne préconise rien de moins que l’application des préceptes totalitaristes les plus dangereux qui soient quant au maintien des droits de l’homme. Si vous n’en êtes pas convaincus, je vous suggère la lecture de la charte du Hamas, que vous pourrez trouver facilement sur internet.

Mais en fait, si la gauche rétorquerait sans doute ne pas supporter de tels mouvements, force est de constater qu’elle ne les condamne pas ou qu’elle évite d’aborder la question, ce qui revient à dire qu’elle s’abstient hypocritement du débat. Récemment, nous avons pu constater la joie et l’enthousiasme de tous les partisans de la cause palestinienne, lorsque le Tsahal s’est retirée de la bande de Gaza, laissant derrière elle victorieuse l’amoralité déconcertante du Hamas. Il y a plus longtemps, la majorité des gauchistes de la planète percevaient presque l’attentat du 11 septembre 2001 comme une action anti-impérialiste quasi légitime. S’agit-il d’ignorance, de mauvaise foi ou d’approbation idéologique ? Les tenants inconditionnels de la libération palestinienne savent-ils que lors de l’Intifada de 1987, plus de musulmans furent tués par des fondamentalistes du Hamas que par l’armée israélienne ? Réalisent-ils qu’au fond, ils supportent dorénavant une stupide et manichéenne guerre religieuse ?

À cet effet, pour le grand universitaire Gilles Keppel, beaucoup de marxistes auront rejoint les camps des islamistes en percevant en ces derniers un mouvement capable de rejoindre les masses, et ce en tentant d’en souligner le supposé caractère progressiste. Et pour Pierre André-Taguieff, notamment directeur de recherche au CNRS, il est clair que nous observons l’apparition au sein des démocraties occidentales de « compagnons de route » des islamistes, lesquels sont issus des mouvements de gauche, et ce particulièrement en France.

Nous l’aurons déjà compris : l’islamisme est une négation de la démocratie et de la liberté de conscience. Dès lors, une gauche qui flirt avec l’islamisme est une prostituée. C’est donc dire que la gauche perd de son essence laïque qui l’aura soutenue si longtemps. C’est dire que le vieil adage marxiste selon lequel « la religion est l’opium du peuple » perd tout son sens.

De plus, un second point qui trahit une certaine gauche actuelle réside dans son soutien de moins en moins fort à la laïcité, et ce en France comme au Québec, pays qui ne l’a pas encore vue naître. En prêchant une forme de multiculturalisme à la sauce relativiste, plusieurs gauchistes prétendent, en acceptant la religiosité revendiquée, vouloir respecter la culture de l’Autre. Ne conçoivent-ils pas que la laïcité est l’une des meilleures formes d’intégration ? Qu’elle sert de moyen d’éradication des différences créatrices d’inégalités et qu’elle permet l’aplanissement des différentes formes vécues de citoyenneté ? La laïcité est ainsi maintenant perçue comme une forme d’impérialisme culturel, comme une volonté d’écraser les cultures étrangères. Mais c'est bien lorsque l'on se contrefout de ses immigrants qu'on les laisse sombrer dans une communautarisation excessive et déplorable. Respecter l'étranger implique de vouloir l'intégrer à notre culture, et la laïcité en constitue un bon moyen. Mais encore une fois, c’est le « méchant Occident » qui est le coupable. Aujourd’hui, tout ce qui est européen et américain est systématiquement condamné par la gauche radicale, ce qui en fait le principal point de convergence avec l’islamisme.

Qu’on me comprenne bien : la gauche n’est plus la gauche si elle couche avec l’islamisme, si elle n’est plus soutenue par l’idée de mettre la raison à l’avant-plan. Et il n’en demeure pas moins que le socialisme demeure lui-même un pur produit occidental : ne se rappelle-t-on pas que la division gauche-droite provient aussi d’une Révolution française au potentiel extrêmement laïcisant? Que les droits de l’homme ont été promulgués pour la première fois par l’intermédiaire de chartes tout à fait occidentales ?

L’islamisme est la pire menace à laquelle devra faire face le monde d’ici quelques années. Nous aurons besoin d’une vraie gauche pour le contrer. Une gauche qui se connait et qui ne se renie pas.